Vous êtes ici : Accueil / Culture / Centre du patrimoine / Les dossiers du patrimoine / Personnages célèbres / François Guisol (1803-1874)

François Guisol (1803-1874)
François Guisol est l’exemple même de ces modestes prosateurs et poètes niçois, dont l’activité inlassable participa au XIXème siècle au renouveau de la langue niçoise, à l’ombre de Joseph-Rosalinde Rancher.
Issu d’un milieu très modeste, Guisol revendiqua toute sa vie durant ses origines avec fierté, signant nombre de ses compositions d’un "poète-ouvrier " plein de panache.
Dès les années 1840, il commence à produire de petites pièces littéraires en niçois, qui marquent déjà les trois voies de son engagement : le théâtre, la poésie, la presse.
On peut considérer qu’il est le fondateur du théâtre niçois moderne, créant, en 1844, au sein du Collège royal géré par les Jésuites, dont on sait l’intérêt pour l’utilité pédagogique du théâtre, une troupe dite des "Jeunes Amateurs ", qui se produit régulièrement dans des ouvrages dits ou chantés. C’est d’ailleurs à Guisol que l’on attribue, non sans contestation, le texte de la chanson des Mais de Sainte-Marguerite, bien connu des Niçois, "Lou festin de li verna ".
Au cours des événements de 1848, Guisol prend évidemment le parti des réformateurs et lance de violentes attaques contre les absolutistes à travers son long pamphlet, tout en vers et en langue niçoise, le "Discours libéral au poble mon fraire ".
Enfin, François Guisol est aussi le créateur de la presse dialectale en langue niçoise. En 1854, il fonde un hebdomadaire satirique très virulent, "La Mensoneghiera ", qui défend très vite les couleurs du parti francophile, qu’il contribue à enraciner dans le peuple. Après une vingtaine de numéros, la revue s’interrompt en 1855. Il la relancera en 1868, et jusqu’en 1872.
Du point de vue littéraire, les oeuvres théâtrales ("Lou mariage de conveniensa ", "Lou dinà ridicul d’un prossès gagnat ") et poétiques de Guisol, qui surprennent par leur dimension, sont très inégales mais présentent l’intérêt d’une grande sincérité, et d’une première application de la tentative graphique de Rancher, compromis entre graphie occitane classique et graphie italienne. Son travail de journaliste-polémiste, bien dans l’esprit du temps, a créé un réflexe qui permettra à nombre d’organe dialecteux de succéder, jusqu’à nos jours, à "La Mensoneghiera ". De ce point de vue, la langue niçoise est largement redevable à Guisol.
Politiquement, François Guisol est un homme entier, ennemi des privilèges de caste, fervent adorateur du bonapartisme, et donc soutien indéfectible de Napoléon III après 1860. Cette attitude se maintient après 1870, où il se retrouve, paradoxalement, dans le camp des adversaires de la République. Ce paradoxe est renforcé par la longue amitié qui le lie à Joseph Garibaldi, son copain d’enfance, avec qui il partagea toutes les bêtises de gamins du Port livrés à eux-mêmes.
C’est dans le quartier du Port, d’ailleurs, fidèle à ses origines, que François Guisol mourut en 1874, dans la rue Lunel, qui porte aujourd’hui son nom. Une plaque rappelle d’ailleurs son souvenir au numéro 2.
Ainsi, François Guisol, né à Brignoles, en Provence, a su, comme Rancher, originaire de Saint-Jeannet, ou Francis Gag, enfant de Génois installés à Nice, faire sienne une langue et une culture jusqu’à en devenir une belle illustration pour les Niçois d’aujourd’hui.

